Vous etes sur LinkedIn depuis dix ans et vous n'avez jamais relu ce que vous y avez publie. Personne ne le fait. Puis vient le moment de postuler, un recruteur trouve votre profil interessant, continue a faire defiler la page, et tombe sur vos prises de position de 2017 rangees par ordre antichronologique.
Le reflexe est alors de tout supprimer en une soiree. C'est beaucoup de travail pour pas grand-chose, et cela detruit au passage les trois ou quatre vieux posts qui travaillent encore pour vous. Ce qu'il faut ici, c'est un tri avec un chronometre, pas une purge.
Votre profil a ete revu, vos publications non
Avant une recherche d'emploi, tout le monde retouche le titre, reecrit la section a propos, corrige les dates d'un ancien poste. Les publications qui se trouvent derriere ce profil, elles, ne sont jamais relues. Ce sont pourtant les seuls elements ecrits par vous, a un moment precis, avec l'humeur de ce moment-la collee dessus.
Deux choses distinguent cette archive du reste du profil. Elle est chronologique, donc elle raconte une histoire que vous n'avez pas choisi d'ecrire. Et elle est signee, donc elle se lit comme ce que vous pensez et non comme la maniere dont vous vous presentez. Un recruteur qui la parcourt ne mene pas une enquete. Il se forge une impression en une minute trente, et une impression formee aussi vite se discute mal ensuite.
Precision de perimetre: on parle ici de ce que vous avez ecrit. Les mentions j'aime et les commentaires laisses sous les publications des autres forment une piste distincte.
Retrouver ses propres publications anciennes, l'etape que presque personne ne franchit
Voici la vraie raison pour laquelle cet audit n'est jamais fait. Votre activite est accessible depuis votre profil, et a partir de la, c'est un fil antichronologique qu'il faut charger en faisant defiler. Pas de selection multiple, pas de suppression groupee, aucun moyen fiable de sauter directement a une date. La suppression se fait publication par publication.
Je ne vous donne volontairement aucun chemin de menu: LinkedIn modifie son interface en permanence. Le resultat, lui, est stable: vos publications restent accessibles depuis votre propre profil, chacune peut etre retiree individuellement, et aucun outil ne les retire par lots. C'est cette lourdeur qui impose de bloquer un creneau dans l'agenda.
Deux conseils pratiques. Travaillez sur un ordinateur, le chargement et le defilement infini sont penibles sur telephone. Et arrivez avec une carte mentale: l'annee de votre changement de secteur, la periode pendant laquelle vous publiiez tous les jours, la semaine du debat qui avait chauffe. Vous cherchez des moments precis, vous ne relisez pas dix ans d'ecriture.
Le tri avant la suppression
La plupart de ce que vous allez retrouver tombe dans quelques categories, et une partie seulement demande une action.
La decennie dormante
Neuf publications depuis 2015. Deux annonces de prise de poste, une photo de conference, des felicitations a une collegue promue. Il n'y a rien a faire. Une archive silencieuse est le cas le plus repandu. Ne pas publier n'est pas suspect, c'est la norme.
Le virage abandonne
Six mois de publications enthousiastes sur le cabinet de conseil lance en 2021 et arrete discretement l'annee suivante. Rien de genant sur le fond. Le probleme est que le recit s'arrete sans fin: le lecteur se demande si vous dirigez toujours cette structure, si la candidature est une solution de repli, et s'il est delicat de poser la question. C'est de la confusion, pas du risque, et la confusion coute cher pendant un entretien de qualification de vingt minutes.
Deux options tiennent la route. Supprimer la serie, pour que le trou dans l'histoire reste un simple trou. Ou la garder, a condition que la periode soit assumee ailleurs dans le profil. Ce qui ne fonctionne pas: vingt posts qui laissent croire a une activite en cours et un silence complet partout ailleurs.
Le fil qui a chauffe
Un post ecrit en colere, ou un post raisonnable sous lequel un affrontement s'est installe en commentaires. C'est la categorie qui merite vraiment votre attention, notamment parce qu'une bonne moitie a ete ecrite par d'autres. Relisez surtout vos propres reponses. Un ton qui semblait proportionne sur le coup se lit tres differemment une fois l'actualite qui l'avait declenche oubliee.
Le vieux post qui fonctionne encore
Il y a peut-etre la-dedans une publication qui recolte encore des vues, un commentaire de temps en temps, et qui remonte quand on cherche votre nom. Supprimer celle-la vous coute quelque chose de reel.
Supprimer une publication qui marche se paie comptant
L'engagement ne se transfere pas. Supprimez un post a deux cents reactions et quarante commentaires, republiez le texte a l'identique, et vous obtenez une publication neuve, vide, traitee comme non eprouvee par l'algorithme. Les commentaires sont perdus definitivement, y compris ceux signes par des personnes dont le nom parlait a votre lecteur.
Les vieilles publications continuent aussi a travailler en fond. Un post qui ressort sur votre nom, ou qui recircule tous les trimestres dans une communaute de metier, produit un filet regulier de visites de profil venant de gens qui ne vous cherchaient pas. En pleine recherche d'emploi, cela vaut plus qu'a tout autre moment.
Par defaut, on garde. On supprime quand on peut nommer la raison precise, pas parce qu'un post a vieilli.
L'anciennete n'est pas un motif. Une analyse correcte publiee en 2016 et relue aujourd'hui signale surtout quelqu'un qui exerce depuis un moment, ce que vous cherchez justement a demontrer.
Politique et vie personnelle: decider a froid
Je ne vais pas vous dire quoi en faire. Ce qui compte, c'est que la decision soit prise volontairement.
Certains gardent tout, en se disant qu'un employeur qui les ecarterait pour cela n'aurait de toute maniere pas convenu. D'autres retirent ces contenus pendant la recherche et reprennent leurs habitudes une fois en poste. Les deux positions se defendent. La seule mauvaise option consiste a ne pas regarder: la decision est alors prise par la premiere personne qui tombe dessus, au pire moment, dans une piece dont vous ne voyez meme pas les visages.
A savoir: ce qu'un employeur peut legalement retenir contre vous varie fortement selon le pays, le secteur et parfois votre contrat. En France, la liberte d'expression du salarie existe bel et bien, avec des limites que les juges apprecient au cas par cas. Le RGPD vous donne par ailleurs des droits sur les donnees detenues par la plateforme, ce qui n'a aucun effet sur la capture d'ecran stockee chez un tiers. Si vous pensez qu'une publication peut reellement peser sur votre situation professionnelle, la question releve d'un avocat, pas d'un article de blog.
Supprimer n'est pas effacer
Partez du principe que tout contenu ayant eu une vraie portee existe encore quelque part. Captures d'ecran, repartages, citations dans les posts d'autres personnes, reponses qui recopient vos phrases, archives tierces. La suppression retire le lien commode, pas le contenu.
Cela change l'usage de la suppression. Elle est efficace pour lever une confusion et rendre votre historique recent lisible. Elle ne repare pas un probleme serieux. S'il existe un post qui vous inquiete vraiment, la preparation utile est une reponse courte et calme, formulee a voix haute au moins une fois, pas un bouton. Les gens qui gerent mal cette question sont ceux qui avaient decide qu'elle ne viendrait jamais.
Quatre-vingt-dix minutes, puis on arrete
Bloquez deux creneaux de quarante-cinq minutes avant de commencer a postuler, pas apres le premier entretien rate.
- Premiere session, lecture seule. Remontez aussi loin que votre patience le permet et notez les dates de tout ce qui provoque une reaction chez vous. Ne supprimez rien encore. Lire et decider en meme temps, c'est ainsi qu'on efface des choses qu'on regrette la semaine suivante.
- Deuxieme session, traitement de la liste. Les fils houleux, le virage abandonne, on laisse les periodes dormantes tranquilles, on conserve ce qui apporte encore du trafic.
- Puis on s'arrete, meme si vous n'avez pas atteint 2014.
Au-dela de six ou sept ans, les publications sont pratiquement invisibles sauf pour quelqu'un qui creuse deliberement, et cette personne-la ne sera pas arretee par un apres-midi de menage.
Publiez ensuite quelque chose d'actuel. Une archive muette pendant trois ans qui redemarre le mois de vos premieres candidatures se lit tres bien, dans le mauvais sens. Si vous transformez aussi le profil en document de candidature, un outil comme Postulit construit le CV a partir du profil et non de l'historique de publications, ce qui rappelle au passage que cette archive est la partie que personne n'automatise et que personne ne verifie.
Dernier point: gardez la liste de ce que vous avez retire. Si un recruteur fait un jour allusion a un contenu qui n'existe plus, autant etre celui qui sait exactement de quoi il parle.