Lettres de motivation · 3 min read

Le ton d'une lettre de motivation : pro sans être guindé

La plupart des lettres de motivation échouent sur le ton avant d'échouer sur le fond. Soit elles sont si formelles qu'on dirait un acte juridique, soit si décontractées qu'on dirait un SMS à un ami. La version qui décroche un entretien se tient entre les deux : une vraie personne, qui se trouve être au travail.

Y arriver, c'est surtout repérer une poignée d'habitudes et les remplacer.

À quoi ressemble vraiment le « trop formel »

La formalité n'est pas la politesse. C'est de la distance. Quand vous écrivez « J'ai l'honneur de vous faire part de mon vif intérêt pour le poste susmentionné », vous avez glissé trois couches de rembourrage entre vous et une idée simple : vous voulez ce poste.

Les indices : les formules empilées (« Je me permets de saisir cette occasion pour »), les connecteurs d'un autre âge (« susmentionné », « par la présente »), et la voix passive partout (« le poste a été postulé »). Chacun repousse le lecteur. Un recruteur qui en lit quarante dans l'après-midi sent cette distance et passe.

Le remède : écrivez la phrase que vous diriez à voix haute, puis nettoyez-la. « Je postule au poste de chef de produit parce que j'ai passé trois ans à faire exactement ça dans une entreprise de votre taille. » C'est professionnel. C'est aussi un humain qui parle.

À quoi ressemble vraiment le « trop décontracté »

La surcorrection est tout aussi fréquente aujourd'hui, surtout dans la tech et les startups. Points d'exclamation, « Salut ! », emojis, argot, blagues qui supposent que le lecteur vous apprécie déjà. Ça se lit comme quelqu'un qui n'a pas pris la candidature au sérieux.

La chaleur est une bonne chose. La familiarité non méritée, non. On peut être cordial sans faire comme si le recruteur et vous étiez déjà dans la même équipe. La ligne : chaleureux dans l'attitude, précis dans les mots.

Le ton qui marche : sûr, précis, simple

Le registre qui touche juste est à peu près celui qu'on emploierait en écrivant à un collègue estimé qu'on connaît encore peu. Direct sans être abrupt. Cordial sans être copain. Sûr de soi sans se vanter.

Trois choses le produisent plus que tout le reste :

  1. Des verbes simples. « J'ai dirigé », « j'ai construit », « j'ai réduit les coûts » plutôt que « j'étais en charge de la direction de ». Les verbes forts portent l'assurance seuls ; pas besoin d'adjectifs pour les étayer.
  2. Du détail concret. Le précis se lit comme honnête, car le vague est ce qu'on écrit quand on n'a pas de précis. « J'ai refait leur parcours d'intégration » bat « je suis un professionnel orienté résultats ».
  3. Le nom du lecteur et la réalité de l'entreprise. Adressez-vous à une personne si vous en trouvez une, et citez un fait vrai sur l'entreprise. Ce seul geste fait passer la lettre du communiqué à la conversation.

Adaptez le ton à l'entreprise, dans la limite du raisonnable

Un cabinet d'avocats et un studio de design de six personnes ne veulent pas la même voix. Lisez l'annonce et les écrits de l'entreprise, leur site, leurs publications, et rejoignez-les à peu près là où ils sont. Si leur page carrières est stricte, baissez la chaleur d'un cran. Si elle est libre et joueuse, vous pouvez vous détendre, mais restez du bon côté de la ligne. Dans le doute, penchez légèrement vers le formel. On pardonne plus une lettre un peu réservée qu'une lettre trop familière.

Les phrases d'ouverture et de clôture portent plus de poids tonal que tout le reste : elles méritent une attention supplémentaire une fois le corps au point.

Lisez-la à voix haute avant d'envoyer

C'est le test qui attrape presque tout. Lisez la lettre à voix haute, comme si vous la disiez au recruteur en face de vous.

Partout où vous butez, grimacez ou vous entendez sonner faux, c'est un problème de ton. Le langage réel ne contient pas « veuillez trouver ci-joint par la présente ». Si une phrase est quelque chose que vous ne diriez jamais en face, réécrivez-la jusqu'à ce qu'elle le devienne.

Si votre lettre pouvait être lue à voix haute en entretien sans faire sourciller personne, le ton est bon. Si la lire à voix haute vous fait grincer, le lecteur l'a senti aussi.

Une fois le ton stable sur toute la lettre, le reste, la structure, les exemples, la clôture, devient relativement facile. Le ton, c'est la part qui décide si le lecteur croit qu'une personne a écrit ça pour lui, ou qu'un modèle l'a écrit pour tout le monde.

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